l'inscription

Techniques mixtes sur papier torchon (76*56 cm) - Ak Mi, 2020.
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Un travail automatique. Un de plus... pour que quelque chose s'inscrive, apparaisse... d'indescriptible et de néanmoins inspirant. Une forme à peine naissante se trace d'elle-même depuis l'au-delà. Une esquisse à l'interface d'ici et de là-bas, du visible et de l'invisible. Comme une épreuve inachevée, une forme dé-saturée d'elle-même. Un brouillon maître. L'encre gouachée ruisselle selon les sillons de son eau, la chaleur de sous le papier bouillonne la colle qui, à force de patience, se brunit et se cratérise. La plus pure géologie terrestre à une échelle fractale inférieure.

"L'auteur.e", ou ce qu'il en reste, nourrit le chantier et assiste à l'assaut. Les choses se passent sous ses yeux sur-attentifs. La vigilance doit être précise dans le temps ; l'énergie audacieuse, le geste lâché... Les dimensions abordées sont telles ! que le médium-peintre doit se laisser habiter, traverser, fluidifier... jusqu'à la manifestation. Attendue en amont... "trop", souvent. Oubliée, dès que la justesse, impeccablement transparente, s'installe. Nous sommes alors plusieurs en "un" : celui qui accomplit les actes nécessaires à la progression du labeur.

Alors, "cela" se dit... un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou pas du tout ! Ici, cela est "un peu" apparu. Un peu seulement. Demeure une confusion—comme un chaos pas encore complètement émergé. Pas nettement distingué, extirpé, affirmé. La vibration est à peu près floue, tout-à-fait tremblante, ou vaguement hésitante. Il me faudra m'en contenter... sans plus en aval prendre le risque de l'abîmer. J'interroge beaucoup ce moment où je ne sais si "c'est déjà là"—si je dialogue, ou monologue encore. La couleur ne se suffit pas ; la matière ne se satisfait pas ; la forme doit être là. Ici, dans cette peinture, je la trouve "épuisée". C'est une phénoménologie à part entière. Inaboutie certes, mais brute, directe, et par conséquent nue et sincère.

Une dialectique se fait jour ; une dualité même peut-être. Un rapport de force entre celui qui agit et les éléments au milieu desquels il agit. "Viendra, viendra pas ?!". Me laisserai-je glisser, infuser ? atteindre, toucher ? et via l'autre, transfuser ? Le moment est crucial, unique et paroxystique. Pour soi, comme un oubli, un fossé, un blanc : une mémoire qui n'est pas "nous". Un échange de conscience. La communication est sensorielle ; la cognition effacée ; l'être y est pourtant en son entier, selon un arc sacré, une union mystique. Je ne me lasserai pas d'expérimenter cette alchimie, de correspondre à ce secret—fait de vie et de gnose. Aucun danger pour soi... Pourquoi ? Enfreint-on une limite ? Non. Epanouit-on un pouvoir ? Oui. Nage-t-on dans le liant nécessaire à l'évolution ? Oui. Pour libérer ce qui doit l'être dans la Conscience lumineuse et aimante de celui qui accueille tout cela, et au-delà.

Les créatures apparues se trouvent, je le pense, le plus souvent en souffrance—dans un état karmique, dit-intermédiaire, qui relâche son chapelet intermittent de tâches et de traces. Les "prendre" avec bonté et les tourner vers leur libération en tant que consciences enfermées. Le peintre de l'informe est guérisseur de la Forme en mal d'elle-même, de l'entité énergétique mal-née ou inexprimée. Le processus s'entend comme un Athanor de Vie, une décantation des agrégats—de l'animal ou de l'humain, sur une base ou dans un enveloppement d'Amour Inconditionnel. Seul principe de la démarche de l'artiste.

Ainsi s'inscrit l'esprit... dans le corps même de la peinture.

akmi, 12 oct. '20 - 13h56

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