entre confiance et ferveur : le corps

Séminaire Fabrice Midal (Bruxelles, janvier '16)

  • ce qui fait le plus défaut, c'est que l'on manque de confiance dans la pratique
  • la transmission de la pratique de la méditation se fait de plus en plus "sans confiance"
  • ça se présente souvent par le fait que l'on y rajoute quelque chose, autre chose de réellement effectif (un conseil psychologique, une utilité démontrée, prouvée...)
  • comme si on n'avait pas confiance dans le geste même de la méditation ; que cela ne suffisait pas
  • cela signe un manque de confiance
  • beaucoup de gens déçus par la pratique de la présence attentive au bout de quelques années > pratique routinière >> en se simplifiant, elle a perdu de sa profondeur, elle s'est appauvrie
  • la méditation se déploie parallèlement à une perte de confiance en elle
  • alors que ce geste, à sa racine, de se poser dans le présent, sans absolument rien faire, sans aucune volonté autre que celle de s'ouvrir inconditionnellement au présent, est un acte qui transforme tout
  • aujourd'hui existe une multiplicité de livres sophistiqués, mais pas de confiance dans la profondeur de la transmission spirituelle : ça ne débouche pas sur une réalisation, sur une effectivité
  • le déploiement des enseignements a débouché sur un relativisme : il n'y a plus d'engagement permettant un geste de confiance >> forme de cynisme ou d'hésitation
  • revenir au geste primordial de confiance dans la pratique en ce qu'elle peut être un espace de guérison et de transformation radicales de notre existence et de celles du monde
  • la notion de confiance est tout-à-fait troublante : 1/ on en parle très peu pour une raison très profonde—c'est que la confiance est d'un autre ordre (que la joie, la bonté, la gentillesse, la bienveillance...) ; la confiance est toujours "inconditionnelle", sans raisons, sans justifications
  • la confiance est toujours primordiale : c'est parce qu'il y a confiance que l'on peut faire le reste "pour de bon"
  • confidentia > verbe confider (14è s.) : placer sa confiance dans >> ce mouvement est essentiel
  • il y a une anticipation : celle de se sentir mis en confiance par cela à quoi on va faire confiance
  • ce n'est pas vous qui avez confiance en quelque chose ; c'est quelque chose qui vous permet d'avoir confiance en lui
  • cela nécessite un déplacement très profond—en l'abandon de ce qu'est pour nous habituellement la subjectivité
  • en occident, une idée tardive > nous pensons toute réalité en tant que sujets séparés, isolés face à des objets
  • une idée courante > moi en tant que sujet, j'aurais confiance en quelqu'un ou en quelque chose >> ce qui ne marche pas, car toute confiance court le risque d'être trahie >>> sortir de ce champ-là
  • faire l'expérience que la confiance surgit par l'arrêt de vouloir contrôler, saisir, organiser, avoir une confirmation, une preuve que cela puisse marcher
  • la confiance est absolument impossible dans l'ordre de la subjectivité, donc dans celui de notre monde... et pourtant, elle est là >> il y a donc quelque chose de plus fort que cette emprise, qui a à voir avec la profondeur de notre humanité
  • on est ouvert par quelque chose sans que ce soit nous qui décidions
  • la confiance est l'épreuve que l'être humain fait quand il est en rapport avec l'ouverture première qui le constitue en tant qu'il est un vivant
  • il ne s'agit pas d'être rassuré sur le fait que l'on peut "avoir confiance", mais de redevenir pleinement un vivant = ce qui se passe dans le méditation en se synchronisant avec le moment présent, dans le juste moment, le meilleur moment... ; là où l'être humain le plus important, c'est vous
  • la confiance peut absolument apparaître à ce moment-là—où vous êtes "ailleurs", déplacé
  • présenter la confiance, c'est présenter le geste spirituel le plus radical de non-fabrication, de non-contrôle, de non-élaboration, de non-évaluation >> entrée dans la radicalité de ce qui fait de moi un être vivant
  • c'est en me mettant en rapport avec cette manière d'être vivant que mon être se déploie = la confiance
  • c'est déconcertant, car la confiance conditionnelle est impossible > cf. nous respirons, nous marchons,... sans nous poser de questions >> il y a une confiance pré-supposée
  • il s'agit d'une confiance non-conditionnée par les circonstances
  • la confiance n'est pour autant pas "garantie" > toute confiance est un risque—celui d'être ouvert, humain, de se tenir
  • 2 paradoxes philosophiques : toute confiance est sans raisons, toute confiance est un risque (≠ de contrôle)
  • Chögyam Trungpa : "Avoir confiance ne signifie pas avoir confiance en quelque chose, mais se maintenir dans un état de confiance libre de tout esprit de concurrence, de tout besoin de l'emporter sur l'autre. Un état inconditionnel dans lequel on possède un esprit inébranlable, un esprit qui se passe de tout point de repère."
  • c'est ce saut, cette entrée-là, qui font qu'on touche la confiance (dans la pratique—vivant, alerte, relié, disponible... sans rien faire)
  • on se met au diapason de la confiance > on ne l'apprend pas, elle est déjà là
  • il nous faut déplacer le cadre et le champ—sans ressentiment, ni naïveté (le monde n'est ni gentil, ni mauvais)
  • la question est : est-ce que je peux me poser dans mon humanité et entrer en relation avec la situation telle qu'elle est
  • la confiance n'engage que dans l'entièreté du présent qui va transformer la situation, et on verra le moment d'après...
  • court-circuit du geste d'analyse ou d'évaluation > on coïncide avec la réalité (pas "contre") > on l'épouse, on l'embrasse >> geste d'abandon de la mesure de ce qu'on l'on fait
  • C. T. : "La confiance vient de nulle part. Elle émerge tout simplement. C'est un éclair de santé qui surgit. Avant de se présenter devant les gens, on devrait passer au moins 5 ou 10 minutes à se mettre au diapason de la confiance. On s'assoit sur une chaise ou sur un coussin de méditation, et on s'ouvre au gigantesque océan de la santé. Quand surgit une étincelle de confiance, on la projette à l'extérieur. On aura alors aucun problème."
  • Dans un tout autre champs—littéraire : "Cette confiance en soi-même qui voit bien qu'elle peut se tromper, mais qui n'a pas peur de se tromper."
  • des deux côtés, cela a été dit, et le chemin ouvert.

Par le corps

. #confiance #vacuite

Par où se glisse la confiance si ce n'est... par le corps. Car ce qui vient à nous, vient "dans" nous. Et ressurgit "depuis" nous. Sa manifestation est endogène : c'est nous qui nous la créons nous-même. Par la détente, le confort, la chaleur ou la paix, nous la pressentons dans l'activité de nos cellules et dans la diffusion de nos ondes. Nous flottons dans une évidence qui, dans nos corps et nos éprouvés, s'initialise selon le spectre dédié. Si la vacuité nous habite, la dynamique d'Amour nous tient intimement inter-relié. Ce qui nous assemble tient autant du vide que du plein. La sentience de ce qui serre et emplit rassure peut-être ; mais le sentiment ouvert à ce qui vient bien vite déjoue cette première impression. Non pas qu'elle soit trompeuse, mais plutôt incomplète. La confiance ne se cramponne pas à une activité qui attache ; mais réceptionne ce qui remonte de par la profondeur de la nature humaine. La confiance ancre le mental dans le rythme et le mode propres au corps—à la fois doté de successivités et d'inerties. Fermement l'un à l'autre arrimés, ils forment un couplage qui devient "structural" avec l'environnement. La conscience alors coupe transversalement au sein de cette circularité itinérante "cerveau-corps-altérité". La confiance réside en cette liaison énactive qui moment après moment "fait émergence" dans le monde. Elle "s'agit" elle-même, intrinsèquement dans la dynamique du lien qui la fait exister.

Ainsi, nous nous sentons unifié... libre de nous lier ou de nous délier. Confiant, car connaissant du fond de nous-même—en sa nature fondatrice, héritée de la Vie. Tout cela ne tient que dans un équilibre d'autonomie, sans cesse testé et réactualisé. Etre soi, c'est autant se mêler que se démarquer... La confiance émane du fait que "cela" est opérationnel et efficient ; et que "cela" se pratique, en présence à soi, sur le coussin de méditation. La confiance vient du principe même de la Vie, en ce que nous le reconnaissons intellectuellement et l'épousons sensoriellement. Ce va-et-vient "connaissant" s'installe alors en nous et éclaire notre incarnation dans ce qu'elle a de plus systémique et mystérieux. Par tous les étages, nous devenons vivant—curieux, explorateur, affecté, expérientiel et traversé. Les réalités, on les connaît ; on peut facilement s'y relier et construire des récits avec elles. Pour la naissance du monde... par nous, en dépit de ce qui souvent le fait diverger.

Si la confiance entre en nous, c'est parce que radicalement "on l'est" en amont de tout. Qu'il n'y a pas de couche plus profonde en nous. Nous ne risquons rien, essentialisé dans la vacuité. Nous ne risquons que les reliefs de l'émotion et que ceux des états d'âme, au nom des mises en vibrations. Nous n'encourrons que les dangers transitoires de l'existentialité, quand elle fait sens parce qu'elle nous plonge dans les affres des complexités. Nous en émergeons pourtant "neuf" et purifié. Les périples en eaux non-tièdes font accoucher la confiance de beautés et de procédés. La confiance, comme la Foi, est un processus de ferveur qui se passe, préalablement à tout, par le "corps vécu". Comme un éclatement, comme un éblouissement, comme un scintillement, comme un embrasement, comme une illumination. Elle creuse des sillons qui eux-mêmes font les géographies qui nous habitent, dans la singularité et dans la consubstantialité. La confiance, c'est le fondement de la Vie—en ce que nous la sommes primordialement et divinement. Par elle, le dévoilement est entier. Par elle, le sans-fondement se trouve incarné.

Ak Mi, 25 nov. '20 - 14h19

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