les "lisières" à l'épreuve de l'artéfact

Quelques notes préalables à propos des "lisières".

Un seul principe, complexe, pour décrire l'émergence des phénomènes "mondes".

  • Il y a des lisières entre les phénomènes—lieux des émergences inter-existentielles.
  • Et il y a des phénomènes, intra-existentiellement émergents, avec des lisières internes entre des niveaux. Un changement de niveau, c'est quand des phénomènes (de niveau n) s'inter-organisent pour faire "système" (de niveau n+1), et qu'alors de nouvelles propriétés apparaissent—manifestant une rupture de nature entre le niveau n (cellules/organes/corps) et le niveau n+1 (pensées/conscience/esprit).
C'est ainsi que progressivement, sous la double poussée inter- et intra-existentielle, on chemine de la phénoménologie à l'ontologie.
On retrouve l'essence ontologique de l'intégrale, de la goutte ou de l'oméga, déjà contenue dans chaque type de lisières—autant inter-existentielles (via la relation, l'enaction, l'amour, la synchronie) qu'intra-existentielles (via la vacuité).
  • Les lisières inter-existentielles (entre toi et moi) sont des zones de trouble et de fragilité. Quand ces lisières sont confuses, l'interpénétration des mondes (le tien, le mien) devient une zone de challenge pour l'autonomie de chacun.
  • Celles intra-existentielles (à l'intérieur de moi, de toi) sont des fossés francs, mais mystérieux. Il y a ici déficit d'explicitation.
La santé solaire des lisières vient de la confiance fondamentale que l'on a dans "le travail" en cascade des origines (karmiques)—mises en tension. Que signifie "mises en tension" ?

Les origines sphériques "mises en tension" : un double mouvement en 3D ? 1/ Un éclatement : une déconcentration initiale en sous-origines multiples à partir d'un noyau-souche ou "première" origine (un big-bang Alpha) ? 2/ Simultanément à un retournement : une re-condensation des sous-origines multiples en une synchronie essentialisée (un Oméga), elle-même "nouvelle origine" ?
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Et qu'en est-il de la santé des lisières inter- intra-existentielles quand elles se dessinent à l'intérieur d'environnements holistiques, intégratifs, technicho-biologiques, dits-anthropocéniques * ?

Quels sont les arguments de la psychanalyse sur fond d'hybridation NBIC (Nano-Bio-Informatique-Cognitif) * ?

Quel est globalement notre rapport "bio-sentient-cognitif" à l'artéfact machinique ? Pour quelle adaptation, ou quelle évolution ?

Si la politique gouvernementale moderne s’appuyait sur une anthropologie exclusive opposant l’Humanité à une Nature considérée comme extérieure, la gouvernementalité anthropocénique inaugure l’avènement d’une anthropologie intégrative s’appuyant sur les NBIC pour synthétiser la nature dans un système contrôlable. ~ * article : Covid-19 : vers une gouvernementalité anthropocénique
Pour commencer, quelque chose de simple... De quelle manière l'altérité informatique au sens large nous affecte-t-elle ?
Dans notre vie de tous les jours, il y a tout d'abord nos rythmes : et notamment, la façon systématique dont compulsivement nous revenons aux écrans... x fois par heure. Et puis, à force de répétitions, la perception nouvelle qui s'en dégage. Comment bien la décrire quand celle-ci frôle le cap neuro-chimique de la psychiatrie ? Tout ceci est une question d'entraînement de l'esprit. A quoi j'occupe mon esprit ? A quelles routines est-ce que je l'expose ? Pour quelle évolution, dérive, dans la qualité de ma sentience et de ma conscience ? Suis-je éveillé(e) à cela ? Ai-je un pouvoir sur cela ? Comment mes comportements quotidiens peuvent-ils m'inscrire dans telle ou telle sphère de vie ? Comment, sur ce plan, la planète actuellement fonctionne-t-elle ? Les "datas" s'hybrident-elles naturellement à nos psychologies ? Voire, pire, à nos biologies ? Mais, mathématiquement, ne font-elles pas déjà partie de la mesure de la Vie ? Cependant, la Vie peut-elle s'embarasser de ces pratiques virtuelles addictes, et de la sorte invariablement perdurer sans riposter ? Ou bien, chez l'humain, une révolution épigénomique est-elle déjà en cours ? Vers quel avénement ou quel néant ? Vers quelle résolution ? Mort ou Vie ? Depuis la toute fin 20e siècle, l'Art contemporain intuitionne-t-il déjà ce phénomène d'emballement, de déplacement ou bien d'appauvrissement existentiel ?

Surexposition photographique.
Quand trop, c'est trop : le phénomène de la surexposition psychique.

Quelles sont les alarmes avant le seuil pour soi-même du danger ? A partir de quelles impressions, perceptions mentales et sensorielles dois-je m'inquiéter et promptement me suspendre ? Est-ce que je possède déjà en moi un point de comparaison... pour une réelle possibilité d'évaluation ? Et si mon étalon préalable était mon expérience de la méditation ? L'appréciation de ma santé n'en serait que favorisée, et ma réactivité à orienter mes modes de vie aussi.
Mes alertes interviennent quand je m'observe basculer dans un régime mortifère, qui s'identifie rapidement par sa stérilité : plus rien de psychique ne s'inscrit qui ait un rapport bon, plein et sain avec la réalité. Ce serait comme une roue de vélo qui tournerait à vide ou un stylet sans encre impuissant sur une page blanche. L'esprit en sa nature corporellement déracinée ne connaît plus les contrastes de formes ou de couleurs. C'est un faux jour sans fin. Produit sans doute d'une trop grande excitabilité, qui plus est, déconnectée de la base. Quelque chose de l'arc "ciel-terre" est rompu ; la foudre tournoie dans les airs sans parvenir à saisir le sol. Le sens et les sens ne sont plus là. Des négligences dans le soin de soi peuvent alors apparaître. On n'est plus dans le rythme de l'environnement. Seulement dans celui de sa propre psychose.
La lisière intra-existentielle ici est distendue. Le tissu physico-psychique déchiré. Sensitivement, le corps n'existe plus ou bien manifeste des douleurs. Les descentes ne peuvent plus prendre appui et se désagrègent ; les remontées bouclent sur elles-mêmes et s'intoxiquent.
Les lisières inter-existentielles se désynchronisent au seul profit de l'isolement. L'Agent humain devient "singleton", auto-suffisant : l'ordinateur, la console, le smartphone ou le robot—prothèses artificielles, appareillent pour lui toutes sortes de satisfactions (sur le modèle "challenges / dextérité-inventivité / récompenses"). La modalité synthétique de ces "mondes" venant altérer le rapport psycho-physique sain à la temporalité et à l'environnement. On ne sait plus l'autre ; on méprise la lenteur : comment, par exemple, au fil des saisons, entretenir et regarder pousser un potager. ...
Il en va de même de toutes les obsessions : "écrire" peut être aussi l'une d'elles.

Revenir à l'état "médian".

La santé et la sagesse nous enjoignent d'abord de devenir des acteurs conscients de ces phénoménologies existentielles dévoyées. Notre emprise sur elles est réelle, à condition que nous ne nous conformions pas à l'écrasant "inconscient collectif" ambiant.
Dans l'exercice de notre libre-arbitre, notre part à chacun est avant tout intra-individuelle. La liberté nous est intime. Elle passe par le fait que l'on s'assume déjà "soi". Et que l'on fasse des choix—éthiques, pragmatiques... comportementaux, environnementaux ou relationnels. C'est ce que j'appelle la voix "médiane"—possible à l'échelle de l'homme. Celle, synchrone, qui épanouit simultanément tous les niveaux via des pratiques personnelles adéquates (dont la méditation). Qui ne nous inféode pas aux complexités machiniques, qui ne nous dévitalise pas de nos spécificités sensibles, mais qui sait aussi réfléchir à ce que le miroir numérique a à nous apprendre, à "simuler" de nous et de la Création. Pour en tirer intelligemment parti—dans l'aide à la décision ou dans l'accomplissement des tâches. 
Le monde mathématique, machinique ou numérique, appartient au Possible. Sans doute y a-t-il donc un potentiel ici. Mais soyons attentifs à ne pas renverser la notion de "progrès". Celui-ci doit s'appliquer aux territoires existentiels et non aux constructions prothétiques. Car, pour contrer l'en-cours opaque de nos fabrications mentales, le seul "entraînement de l'esprit" à privilégier pour notre évolution est celui de notre propre spéciosité. En cela, "nous" reproduire dans les miroirs peut favoriser notre capacité réflexive, et donc accélérer notre conscientisation, mais jusqu'à quel point ? Au-delà d'un certain excès, l'horizon adaptatif devient réducteur de nous-mêmes, voir pathologique. Ne perdons pas de vue ce que nous sommes totalement au regard de la Création : penchons-nous sur une fleur ou laissons-nous attirer par une étoile.

Ce qui, pour conclure, m'inspire une question implacable : arrivé au pic évolutif actuel de sa propre histoire, et des enjeux de celui-ci, l'homme peut-il encore, d'une seule voie, renoncer aux langages technologiques du futur—à leurs applications et à leurs usages ? Non. L'élan est trop profond et global—ancestral et omniprésent en tous points du globe.
Au récit unificateur de l’anthropocène, "les terrestres" opposent la multiplicité des expériences sensibles et des manières de faire monde qui peuplent la Terre. Prendre acte de la condition terrestre implique de rompre avec l’injonction à l’adaptation et à l’interaction continue, et de libérer les espaces et les temps en favorisant la libre évolution et la multiplicité des rencontres entre les formes de vie. ~ article terrestres.org
Je me demande ce que donnerait une telle société—sans Etat Léviathan ou Cyborg ? Pour quelle nouvelle gouvernance ? Existe-t-il déjà de tels modèles quelque part sur la planète, même au stade embryonnaire ? Au titre de l'émergence (inter)individuelle libre et responsable, des segments de nos communautés mondiales—des îlots "naturels" peut-être non-massifs, ne résistent-ils pas déjà, heureusement pour eux-mêmes ?

En résumé.

Les artéfacts sont-ils des structures, non-organiques, néanmoins auto-organisées sous la pression corolaire de flux descendants ? Non.
Pourraient-ils un jour développer une conscience ? Non.
Enfin, pourrions-nous "énacter" (bilatéralement) avec eux de la même manière qu'avec des organismes vivants ? Non.
Nos lisières existentielles se trouvent menacées. Respectons-nous...
Et laissons donc les artéfacts-prothèses remplir leur rôle, certes, mais sans hybridation... psychique !

1er nov. '20 - 6h34 & 12h06

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