un karma de feu

"L'origine est aussi cette part inconsciente retrouvée au moment du flash avec la construction varélienne. Ce livre ne s'attachera pas particulièrement à la développer—tâche que je ne pourrais que maladroitement et illégitimement accomplir. Mais ce livre développera à sa manière une structure inspirée par cette pensée. Francisco Varela est décédé alors que je commençais à communiquer timidement avec lui : je sais qu'à l'époque, l'Arbre—en sa genèse, il ne l'a pas compris. Je sais aussi que deux ans jour pour jour heure pour heure après son décès, il m'est apparu en rêve nocturne pour succinctement « se réparer ». L'expérience vécue comme un cauchemar à l'envers—une fantasmagorie d'amour, de mathématique de feu, et de sombre et muet néant, a marqué ma compréhension de la « voie du centre » et de la réincarnation. Je reste volontairement floue, car le sujet ici n'est pas de révéler, ni de se vanter. … Mais de témoigner d'une expérience supra-consciente à proprement parler extra-ordinaire. … J'avais sa confiance dans le partage de la vision archétypique. Et très modérément sa chaleur pour ma petite personne. … J'ai encaissé. Ma progression—atypique, allait encore mettre du temps à se développer pour peut-être un jour faire ses propres preuves. …" ~ Ak Mi, L'Arbre de ma vie - Journal d'une illuminée (2016)

Le 28 mai 2003 à 5h du matin, j'ai fait un rêve pénétrant. Il y était question, pour moitié, d'un empire d'amour... insoutenable presqu'à éprouver ; et pour autre moitié, d'un espace vide, sombre, opaque, mat, impénétrable et infini. Revenue du Paradis (que j'avais connu), je me trouvai statique à la lisière des deux mondes. Venue de loin, en dynamique, est alors apparue devant moi une équation mathématique de feu. Je savais qu'il s'agissait de Francisco Varela. Elle a stoppé, s'est attardée sans trop... avant de littéralement fuser du côté dark absolu. J'étais plantée... au sens aussi où ce rêve m'a confortée dans ma graine du "milieu". En sueur, bouleversée, mais encore totalement inconsciente. Francisco Varela est décédé le 28 mai 2001 à 5h du matin. Je ne l'ai réalisé que le soir.

Les fatigues molles indiquent qu'un travail est en cours... potentiellement de grande ampleur. On appelle cela la consomption par le "petit feu". Quelque chose s'épuise—sans, pour une fois, à l'identique se régénérer : le karma. Pourquoi le feu est-il le yang (le principe actif) de la voie du milieu ? Qu'est-ce qui peut-bien expliquer ce rêve à deux versants quelque part comme ajustés par une couture mathématique de feu ? Ici, ce qui "tient ensemble" interpénètre alternativement les deux éléments : l'équation passe du yang informationnel ou yin matériel, et inversement. Le feu est aussi ce qui traverse les mondes en les épuisant dans leur éphémère manifestation. Il rend successivement le latent (mathématique) manifeste et le manifeste (une fois incarné, éprouvé) néant et/ou transformé (pour une évolution).

Dans ce rêve, l'équation karmique y retourne pour se réincarner dans l'organique. Au passage, elle accepte et revendique son karma—ici "connaissant". Unifiée, elle suit sa nécessité d'aller informer le monde, considéré ici comme"ignorant" des lois qui le constituent. Une fois l'équation révélée dans la substance (par expérience de dédoublement), sans doute son feu s'éteindra-t-il naturellement. Le feu n'est alimenté que par l'impétuosité du besoin qu'a l'équation de s'exprimer au sein d'un terrain de vie humaine, concrète et encore inconsciente. Francisco revenait parmi nous. Non Francisco en son entier ! Mais en son karma inachevé. Non en en son "unité de conscience" d'avant son décès, mais en qualité d'urgence à incorporer une vérité tue, parce qu'encore non sue—celle sur laquelle de son vivant, il s'acharnait.

Le feu brûle en nous comme une chandelle dont la flamme peu à peu grandit, s'embrase, puis s'amenuise et s'éteint. Le feu, c'est notre jauge de vie. Notre jauge de vie se mesure à l'aune de notre karma (positif et négatif). Si quelque chose nous anime—au point de se voir dégringoler un escalier sans rien pouvoir y faire, c'est que l'étincelle karmique de départ (elle-même héritée d'avant) nous propulse irrépressiblement dans le passage à l'acte suivant. Et ainsi de suite... C'est à proprement parlé "karmique" : un enchaînement, un engrenage sans possibilité de suspendre le mouvement de la Roue (de la Vie). Sauf que les matières qui alimentent ces cycles, elle-mêmes se consument, s'assèchent et dépérissent. Alors, moyennant cap et constance, graduellement on devient "clair(s)"—sans feu. Progressivement, la couture abrasive devient poussière cendrée, par le vent petit à petit soufflée... Avant que, depuis le dessous, ne se dévoile une étrange et somptueuse immensité transparente, blanche et bleue... Celle d'un lac d'une tranquillité pacifique, et même angélique. On se déshabille alors pour se baigner dedans... pour se laver et se purifier... Pour retrouver le sens cristallin de son âme, de sa vibration première—et dernière au terme de l'agonie.

Soudain, on n'est plus... "naissant à". On éprouve encore qu'"on n'est plus"... et que tout se relâche sans sensation affirmée. On a peut-être toujours le sens d'un flux, mais qui s'estompe déjà... au profit de "rien". Le karma est réduit, étouffé, refroidi, anéanti—sans résistance lentement "stoppé". Plus d'affect pour générer le temps d'après. Un apaisement dans la non-dualité de ce qui vient juste de s'achever, et qui se prolonge en son achèvement inachevé...

Mais aussi un Amour survivant—celui du lien qui invariablement se perpétue dans l'instant entre la matrice et son enfant, toujours présent, vif et ardent. "Marie", Vierge des douleurs et Vierge en Gloire, en son destin. Parce que l'humanité, elle, n'est pas encore accomplie, "jointe", et survit de ce manque constant.

Ak Mi, 16 nov. '20 - 13h42

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