"chat" et vacuité - sunya'chat

Blue Faun.
Un drôle d'article en perspective.

Connaissez-vous les chats ? Leur nature, leur mystère ? Leurs épouvantes et leurs voluptés ? Non ?... Je vais vous en parler.

Un chat, tout d'abord, le plus souvent, en appartement, c'est toqué. Les TOCs, vous connaissez. Ici, ce sont des routines de réassurance sur des territoires conquis, des habitus acquis, des excitations attendues, des jouissances connues. Un chat se rassure et se lance des bravades : il se calme en ronronnant, se défie lui-même en s'hérissant, s'étourdit en grondant et en crachant. Un chat fondamentalement joue le temps, expérimente l'espace, ouvre et gesticule la vie en toutes ses possibilités ; et un chat égotiquement resserre ses possessions, ficelle et affirme ses connaissances, retrace sa géographie, re-parcourt ses propres foulées. Mobile, agile et audacieux, plastique et gracieux, un chat se mire dans lui-même pour sa propre satisfaction immédiate, fière et facile. Tendre, chaud et félin, possessif et jaloux, un chat se love et se complet dans le plaisir de la caresse, de la gratouille ou du guili. Des interludes entre deux folies—deux voltiges, deux arabesques, deux spasmes... ou deux psychédélies !

Un chat, c'est ultimement prévisible et vivant. Réactif et vigilant, voire inquiet. Un chat, ça compense ses besoins : de celui d'émancipation à celui de refuge. Des besoins, ça en a tout le temps ! De l'imagination fonction des topographies aussi ! Le comportement d'un chat est éminemment "situé" : il invente avec ce qu'il rencontre dans l'instant. Le chat a cette qualité de présence qui fait qu'il ne se dédouble pas. Le corps résilient, apprenant et synchronisé, il se fait absolument confiance. De bondissement en réception, de chute en atterrissage forcé, il vole... et cette sensation le grise et l'allège de sa potentielle lourdeur.

Nous sommes tous un peu "chat". Dans nos corps ardents, les addictions prennent place et parfois nous envahissent. Les maîtrises automatiques aussi. Où est l'esprit ? L'esprit animal du chat est généreux, donné, spontané, ludique et drôle... attentif, observateur et néanmoins souvent confus, pâteux et endormi. Sa condition se respecte elle-même : le chat accomplit son karma de chat.

Sa vacuité, c'est cela. D'être ce qu'il est sans culbuter dans l'approximation mentale. Son instinct est en phase avec l'existant, quand bien même il rêve dans son sommeil. Ses affects sont bien réels... Sa douleur bien intériorisée. Il lui faut éprouver la difficulté relationnelle ou bien la douleur physique, pour qu'en lui des sentiments plus secondaires lui permettent en profondeur de "se spiritualiser". Mes chats, avant de mourir, étaient spirituels. Ils savaient, ils enduraient, ils acceptaient. Sans euthanasie, ils sont consciemment partis. Humainement, tout au bout d'une longue agonie. Ils ont ainsi pu "me vivre" à leurs côtés, comprendre le lien, consumer l'ignorance, et briser le plafond liés à leur incarnation. Cela... est une considération existentielle de vacuité. Chez eux, non réfléchie, mais complètement présciente.

Lunao.

Les chats entraînent leur(s) maître(s) dans leurs tourbillons. Ceux qui vivent avec eux invariablement deviennent doux ou nerveux—c'est selon. Les chats ont un pouvoir puisqu'ils ne changent pas. Leur évolution au travers des âges est lente : leur montée en sagesse se fait par paliers ; leur éveil souvent vient avec l'épreuve ou avec la maladie. Il nous faut les accompagner. Comme des bébés. S'oublier dans nos grandes envolées, et revenir au soin à la vie.

Ce que les chats nous apprennent, c'est l'adéquation au maintenant dans le chaos nouveau qui naturellement s'y crée. Lâcher son esprit en sa rationalité, sa logique, sa distanciation, sa mentalisation... Et juste éprouver son corps. Sentir alors le lien entre celui-ci et la sagesse de ce qui le constitue. Mon "corps de sagesse" m'informe en tant que vacuité parfaite. En lui, tout passe, tout s'inscrit et tout s'efface. En lui, l'esprit se pose et connaît. La méditation sur le coussin nous plonge dans la connaissance de la dimension du corps associée à la présence de l'esprit. Les deux (le corporel et le spirituel) se synchronisent pour nous transformer en un troisième : une indescriptible "vacuité". Un "rien" plein, étendu à l'échelle cosmique. Rien ne bouge, et pourtant énergétiquement tout circule. Ré-intégrée dans le subtil, la Vie émerge en sa puissance paradoxale, faite de vibrations intermédiaires. Ni ondes, ni matière. Dans l'azur, on flotte peut-être, mais ancrés nous sommes dans le marine. ... . .

Un chat orange se retrouve ancré dans le marine au terme d'expériences confrontantes et coïncidentes pour lui. On le distingue dans ses yeux.

En définitive, un chat : une "folle sagesse"—une fatigue et un challenge par son humain acceptés.

Ak Mi, 11 nov. '20 - 11h46

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